Il y a deux ans, le journal satirique Le Canard enchaîné publiait un billet dénonçant le caractère excessif de la présence photographique du maire d’Ollioules dans le magazine municipal de la ville. Ce phénomène persiste aujourd’hui. Loin d’être anodin, il soulève une question démocratique essentielle : à partir de quand l’information municipale devient-elle un moyen pour l’élu de flatter son ego, voire un instrument de propagande politique ?
Personnalisation du pouvoir ou égalité entre les élu·es & information réelle des citoyen·nes ?
Un magazine municipal est financé par de l’argent public. Il a pour mission fondamentale d’informer les habitant·es sur la vie de leur commune, les décisions du conseil municipal, les services publics, les associations et les projets locaux. Mais, lorsque le maire apparaît de manière disproportionnée dans les photographies, l’action collective de la municipalité tend à se confondre avec sa personne. Cette personnalisation se manifeste de plusieurs façons : le maire est systématiquement présent lors des inaugurations, manifestations culturelles et événements associatifs ; les réalisations municipales sont majoritairement présentées à travers lui ; les adjoint·es, conseillers/ères et habitant·es apparaissent comme des figures secondaires ; les initiatives collectives semblent résulter uniquement de l’action du maire, négligeant le travail des personnels municipaux, des associations et des élu·es.
Ce phénomène entraîne un risque de confusion entre la commune, l’institution municipale et la personne du maire. Or, il est impératif de rappeler que la commune appartient avant tout à ses habitant·es et ne se limite ni au maire ni à sa majorité. Bien sûr, le maire bénéficie d’une visibilité particulière liée à ses fonctions (représentation de la commune, présidence du conseil municipal, responsabilités exécutives). Sa présence dans le magazine municipal est donc légitime. Toutefois, lorsque cette visibilité devient excessive, elle déséquilibre la représentation des élu·es. Les autres conseillers/ères de la majorité, les élu·es de l’opposition, les acteurs/trices de la société civile deviennent presque invisibles et les habitant·es ne sont pas informé·es correctement.
À Ollioules comme ailleurs, quelles seraient les bonnes pratiques démocratiques à mettre en œuvre dans ce domaine ?
Dans leurs recommandations, l’Association des maires de France (AMF) et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) insistent sur l’objectif de neutralité que devraient avoir toutes les publications institutionnelles. Pour respecter cet objectif, un magazine municipal équilibré devrait donc adopter les principes suivants : privilégier l’institution plutôt que la personne ; mettre en avant la diversité des acteurs locaux (en intégrant les habitant·es, associations, personnels municipaux et différentes composantes du conseil) ; illustrer les réalisations plutôt que la présence des élu·es (par exemple, lors d’un chantier de rénovation ou de construction, mettre en valeur les personnes qui y travaillent et celles qui vont utiliser le lieu quand les travaux seront finis) ; informer sans tenter de convaincre (en détaillant les décisions, leurs objectifs et conséquences sans transformer le magazine en outil de valorisation politique) ; préserver le pluralisme démocratique (en informant sur les travaux du conseil municipal et en respectant le droit d’expression des élu·es de l’opposition).
Pour conclure, le Partit Occitan estime qu’un magazine d’information municipal digne de ce nom devrait être le reflet de la vie démocratique locale. En toute transparence, il devrait faire écho aux débats menés au sein du conseil municipal, exposer les positions tant de la majorité que de l’opposition, présenter les choix effectués par la majorité, dresser un bilan des actions menées en permettant à l’opposition d’exprimer son avis. C’est ainsi qu’une démocratie vivante, dynamique et pluraliste s’épanouit !
